En Cessna, aux premières loges du ciel

À deux pas de sa maison de ferme, sur le chemin Ridge à Godmanchester, Jacques Leblanc me fait admirer son Cessna 1/72 à quatre places, bien abrité dans son hangar. Une petite poussée et, à deux, nous arrivons facilement à sortir l’avion au dehors. C’est le temps d’y monter et d’ajuster nos casques d’écoute. Nous roulons doucement sur un chemin herbeux emprunté normalement par des tracteurs de ferme entre deux champs de maïs.

Jacques Leblanc prend cinq bonnes minutes pour faire les vérifications d’usage, soit le niveau du réservoir d’essence et les instruments de vol, puis nous décollons tout en douceur. L’hélice tourne maintenant à 2400 tours/minute et nous quittons le sol accompagnés par le grondement incessant du moteur.

À quelque 500 pieds d’altitude, tout semble miniaturisé, les vastes champs tirés au cordeau devenus subitement de petits rectangles aux couleurs des différentes cultures. Des cours d’eau serpentent allègrement dans ce paysage vert et or, parmi les exploitations agricoles perdues dans l’immensité. «Tu vois, en bas, c’est l’église de Saint-Anicet, crie le pilote, qui adore photographier le Haut-Saint-Laurent du haut du ciel. C’est un bon point de repère.»

Nous glissons doucement dans l’azur teintée d’orange, aux premières loges pour assister au grandiose spectacle d’un coucher de soleil sur le lac Saint-François. Incomparable!

Il est 19h, c’est l’heure du souper et nous atterrissons doucement sur la petite piste gazonnée. Je suis encore toute éblouie par l’expérience. Non, ce n’était pas un rêve, c’était bien réel!

«J’étais cadet de l’air en 9e année et je voulais déjà avoir mon avion, explique Jacques Leblanc, ajoutant qu’il s’était enrôlé par la suite dans l’armée de l’air où il a suivi une formation de mécanicien à la base militaire de Saint-Jean et à celle de Borden en Ontario. Après sept heures de vol en solo, j’ai passé facilement mon cours de pilotage.»

En 1975, il achète son premier avion, un deux places en toile datant de 1948. Et plus tard, un Cessna 1956, à quatre places. Pourquoi l’avion et pas le bateau? «Parce qu’on peut se déplacer plus vite, répond-il tout de go. J’ai même fait quelques vols jusqu’en Floride. Et l’avion consomme huit gallons d’essence par heure et le bateau 25 gallons…» Oui mais ça coûte cher un avion, non? «Pas plus qu’une auto luxueuse», de rétorquer notre valeureux pilote.

En 1980, Jacques Leblanc s’établissait sur les 800 acres de la terre de son grand-père Zénophile et se lançait dans différents élevages peu communs pour l’époque, comme un poulailler produisant un million de cailles par année et un parc comptant quelque 250 émeus. En 2012, l’agriculteur prend sa retraite et avec son ami Guy Godin se spécialise en photographies aériennes. Il compte d’ailleurs plus de 1800 photos aériennes sur sa page Facebook, photos qu’il aime bien partager avec tous. Comme il dit, «lorsque vous apercevez votre village ou votre bord de l’eau du haut des airs, vous êtes amené à penser différemment.»

Jacques Leblanc est un passionné dans tout ce qu’il entreprend. L’hiver, il se fait ébéniste, jetant de temps en temps un coup d’œil par sa fenêtre afin d’apercevoir Blondine et Robin – ses deux chevaux – qui l’attendent patiemment pour galoper dans ses sentiers.

Denise St-Germain, correspondante bénévole du Haut-Saint-Laurent. (NDLR: Mme Saint-Germain briguant un poste de conseiller municipal à Saint-Anicet, il s’agit ici de son dernier texte. Merci pour votre gentille collaboration!)

Guy Godin et Lise Guinard, photographes

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