La face cachée de l’amour

Dans les écoles secondaires du Québec, la violence amoureuse est bien présente, à l’image du reste de la société. Des adolescents des deux sexes sont parfois en proie à des sentiments affectifs extrêmes, qui les poussent à se renier eux-mêmes, hypothéquant ainsi leur avenir.

hands-1283076_640

C’est pourquoi l’école secondaire Arthur-Pigeon a mis sur pied un programme original afin de prévenir cette forme de violence qui, à l’âge crucial de l’adolescence, est susceptible d’abîmer pour toujours le rapport amoureux à l’Autre.

« Je l’aime. Quessé [sic] qu’a [sic] comprend pas? » Ces paroles extraites d’un document audio produit dans le cadre des « Corridors de la violence amoureuse », un projet développé par l’école Arthur-Pigeon en collaboration avec des organismes de la région de Huntingdon, illustrent bien un sentiment souvent central au dérapage amoureux : la jalousie.

Car, en matière de relation amoureuse à l’adolescence, la jalousie est trop souvent au cœur d’une dynamique malsaine qui s’installe peu à peu, sans que la victime, comme son auteur, n’en soit vraiment consciente. « Beaucoup de jeunes filles voient même dans la jalousie une preuve d’amour, » dit Élisabeth, une étudiante de 17 ans de l’école Arthur-Pigeon.

Or, la démarcation entre « preuve d’amour » et « moyen de contrôle sur le ou la partenaire » devient difficile à discerner lorsqu’il est question de jalousie. Il est commode, pour un agresseur, de légitimer un acte violent, un abus de pouvoir par un banal excès de jalousie. Et on devrait y voir une preuve d’amour, comme semblent le croire certains jeunes ? D’autant plus que ces manifestations de jalousie peuvent rapidement prendre la forme d’une insidieuse domination, où l’amour est en somme peu présent…

En cette ère où les médias influent énormément sur notre perception du monde, les relations idylliques représentées à l’écran façonnent immanquablement la vision qu’un adolescent a de l’amour. Cependant, ces représentations sont bien différentes de la réalité, et les jeunes en viennent à se former une conception figée de l’amour, où tout dérapage est pardonné, où tout se règle avec le temps. L’inéluctable « … et ils vécurent heureux » des contes de fées hollywoodiens n’a décidément rien à voir avec la réalité.

pair-993668_640

Chose certaine, certains contextes sociaux prédisposent les individus à développer une attitude violente en situation amoureuse. Selon l’Institut de la statistique du Québec, 34% des adolescents de milieux défavorisés seraient légèrement plus susceptibles de subir – et d’infliger – de la violence dans un cadre amoureux. Chez les jeunes provenant de milieux plus aisés, la statistique chute à 30%.

Toujours selon l’Institut de la statistique du Québec, 30,5% des étudiants du secondaire affirment avoir été victimes de violence lors d’une relation amoureuse. La statistique, qui date de 2010-2011, s’élève à 35,9% chez les filles, et 24,8% chez les garçons.

La ville de Huntingdon, chef-lieu de la deuxième Municipalité régionale de comté la plus pauvre du Québec, est un terrain fertile pour ces dérapages amoureux parmi les jeunes. Le projet de l’école Arthur-Pigeon est d’autant plus essentiel…

Jonathan Trépanier, élève de l’école secondaire Arthur-Pigeon de Huntingdon

image_print