La solitude touche beaucoup nos aînés

Les aînés esseulés du Haut-Saint-Laurent, qui bénéficiaient d’un soutien fait d’entraide et de chaleur humaine depuis avril dernier, devront peut-être se résoudre à retomber dans la solitude si des bénévoles ne prennent pas la relève d’ici février prochain.

IMG_4976(Photo Lianne Finnie)

C’est en effet à cette date que le projet En bonne compagnie – financé par la Conférence régionale des élus(CRE) abolie par le gouvernement libéral le printemps dernier et qui devait durer deux ans – doit prendre fin. Soutenu notamment par le Comité de concertation des aînés du Haut-Saint-Laurent, En bonne compagnie se veut une démarche concertée auprès de la clientèle des 50 ans et plus et vise à améliorer les conditions de vie des aînés en proie à la solitude. Le promoteur du projet est Communic-Action, un organisme à but non lucratif dont la mission est de briser l’isolement des personnes âgées en perte d’autonomie et qui vivent toujours à domicile.

La responsable de l’implantation du projet se bat pour le pérenniser, CRE ou pas. « Notre plus grand besoin, ce sont les bénévoles, dit Manon Gauthier. Plus on aura de bénévoles, plus on pourra briser cette solitude et assurer un minimum de service! »

Car solitude il y a. Une solitude renforcée souvent par l’isolement physique dans une région dévitalisée – la MRC du Haut-Saint-Laurent est la deuxième plus pauvre de tout le Québec – où les transports publics, essentiels pour les gens sans automobile ou permis de conduire, sont une vue de l’esprit. Bien sûr, les 65 et plus, qui constituent un bon cinquième de la population du Haut-Saint-Laurent, ne sont pas tous seuls ou sans ressource, mais n’empêche…

IMG_5103(Photo Lianne Finnie)

Personne ne le crie sur les toits mais elles sont légion les personnes âgées qui vivent, silencieuses et impuissantes, des drames inavouables. « C’est évidemment caché mais il y a énormément de maltraitance, ajoute Manon Gauthier. La violence n’est pas seulement physique, elle est surtout psychologique. Cela va de l’infantilisation aux abus financiers perpétrés par des proches ou des voisins. Certains empêchent leurs parents de voir leurs petits-enfants ou encore les obligent à leur faire un chèque, etc. »

Et puis, il y a tous ces gens trop fiers pour demander de l’aide qui, sans pour autant vivre de la violence, n’en supportent pas moins les affres d’un désespoir sans nom : ce couple autrefois à l’aise dont l’un se prive de nourriture pour payer les médicaments de l’autre, cette dame dans son petit logement déglingué que personne ne visite, cet autre, ours mal léché aux yeux de tous, qui vit dans sa cabane ouverte à tous les vents au bout d’un rang…

Ce sont ces gens, victimes de l’indifférence générale, que la quinzaine de bénévoles d’En bonne compagnie tente de rejoindre. « On veut que les gens soient plus conscients des difficultés que vivent beaucoup d’aînés, particulièrement ceux qui sont isolés, ajoute Manon Gauthier. Notre population vieillit rapidement et il faut que toute la société s’ajuste. »

Certains aînés n’ont pas d’autre visite que l’employé du CLSC qui les aide à prendre leur bain hebdomadaire. Pour eux, cette visite est un événement. Kimberley Desmarais, une jeune bénévole, en sait quelque chose. « Je voulais juste donner quelques heures de mon temps, dit-elle. Le projet En bonne compagnie m’a jumelée avec une dame qui voulait seulement quelqu’un pour prendre le thé et dîner parfois avec elle. La dame avait besoin de contact humain, de chaleur humaine. »

D’autres ont simplement besoin qu’on leur donne un coup de main pour des tâches plutôt simples. L’occasion est alors belle pour bavarder un brin et mettre un peu de soleil dans une vie un peu glauque. «Prenons l’exemple d’une dame seule incapable de changer les draps de son lit, explique Manon Gauthier. La bénévole qui vient l’aider régulièrement à changer son lit en profite aussi pour lui tenir un peu compagnie. Ça n’est pas beaucoup mais ça crée au moins une interaction humaine! C’est pour ça que nous avons besoin des yeux et des oreilles de la population. Si vous connaissez un voisin isolé qui a manifestement besoin d’aide et qui hésite à en demander, téléphonez-nous au 450-957-8555.»

 

André Lachance

Les correspondants bénévoles du Haut-Saint-Laurent

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