Le mystère de La Petite Bibliothèque verte

Le mystère de La Petite Bibliothèque verte

Bien que le territoire desservi par La Petite Bibliothèque verte de Huntingdon soit très majoritairement francophone, plus des deux tiers des livres prêtés en 2015 étaient dans la langue de Shakespeare.

« C’est un mystère pour nous, dit Louise Charlebois, présidente du Conseil d’administration de la spacieuse bibliothèque entièrement gérée et animée par des bénévoles. Mon expérience personnelle me dit que plus d’anglophones que de francophones fréquentent la bibliothèque alors que nous garantissons pourtant un environnement bilingue. À Noël, on a organisé le même jour deux fêtes pour les enfants, une en français et une en anglais. Alors que les enfants anglophones étaient nombreux, personne ne s’est présenté à la fête en français. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir annoncé l’événement… »

 

Pauline Leduc et Louise Charlebois
Pauline Leduc et Louise Charlebois

Avec une moyenne de 210 usagers par semaine de juin à octobre – période la plus occupée de l’année –, l’institution de la rue Lorne peut se targuer d’être l’un des centres importants de la vie culturelle dans le Haut-Saint-Laurent. Des 588 membres actifs qui ont payé leur carte de membre, 50% proviennent de Huntingdon, la plupart des autres de Hinchinbrooke et Elgin, deux municipalités majoritairement anglophones. Ouverte 21 heures par semaine, La Petite Bibliothèque verte a prêté exactement 10 389 livres en 2015, une augmentation de 10% sur l’année précédente. De ce nombre, 69% étaient en anglais.

Fondée par des anglophones, la pas si petite bibliothèque – qui compte tout de même près de 27 000 documents, dont 61 livres numériques – aura 44 ans en juin. Aujourd’hui, la plupart de ses bénévoles sont bilingues et la moitié du budget d’acquisition de livres est consacré à l’achat de livres en français.

Donc, pourquoi une si piètre fréquentation par les francophones de la région alors que, à l’échelle de tout le Québec, le phénomène inverse est constaté, le taux de fréquentation des bibliothèques publiques par les francophones étant passé de 36,2% en 1999 à plus de 50% en 2009?

Certains expliquent le phénomène par le fait que de nombreux francophones sont capables de lire dans les deux langues alors que relativement peu d’anglophones empruntent des livres en français. D’autres que les francophones préfèrent acheter les livres plutôt que de les emprunter, d’autres encore que la religion catholique avait longtemps considéré la lecture comme une activité suspecte et que les séquelles de cette mentalité subsistent encore aujourd’hui… Des explications plus ou moins convaincantes lorsqu’on sait que le taux de diplomation des francophones de la région égale, sinon surpasse, aujourd’hui celui des anglophones…

D’aucuns croient plutôt que la communauté anglophone étant devenue minoritaire au fil des ans, ses membres attacheraient une importance capitale à une institution qu’ils ont créée et soutenue depuis longtemps, donnant pour preuve le fait que, exception faite des entreprises francophones, la plupart des dons et legs testamentaires dont profite La Petite Bibliothèque verte proviennent d’individus ou d’organisations anglophones.

Le mystère de La Petite Bibliothèque verte

Chose certaine, cette disparité intrigue, sinon inquiète. « On a pourtant révisé notre mission en 2014 à l’occasion de notre 40e anniversaire d’existence, explique Louise Charlebois. On s’est alors donné une vocation plus sociale, plus dynamique, avec de nombreuses activités d’animation afin de donner le goût de la lecture, notamment dans les garderies où circulent à tout moment de 250 à 300 de nos livres. On est fier du chemin parcouru mais on se demande pourquoi la population francophone utilise si peu la bibliothèque. C’est peut-être un problème de perception… On est pourtant présents plus que jamais dans les médias, les réseaux sociaux, toujours dans les deux langues. »

André Lachance

Correspondant bénévole du Haut-Saint-Laurent


 

Selon l’Institut de la statistique du Québec, les municipalités de 5 000 habitants et moins consacraient en moyenne en 2013 de 4 à 5% de leur budget à la culture.

Cela représente en moyenne 42,63$ par habitant, cette somme incluant toutes les dépenses, salaire, matériel, etc

53% de la somme consacrée à la culture va aux bibliothèques. Si elles étaient capables de respecter la moyenne québécoise, des municipalités de 400 habitants comme Elgin et Dundee devraient ainsi consacrer 17 052$ par année à la culture et 9 037$ à une bibliothèque, ce qui est loin d’être la réalité actuelle.

Pour sa part, une municipalité de 2 500 habitants, comme Huntingdon, devrait consacrer 106 575$ à la culture et 56 484$ à sa bibliothèque. Plus généreuse, la ville de Huntingdon estime que le local qu’elle fournit à la Petite bibliothèque verte vaut 50 000$ par année…

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Une Réponse à "Le mystère de La Petite Bibliothèque verte"

  1. Denise St-Germain   27 janvier 2016 at 17 h 22 min

    Félicitations aux bénévoles de la Petite bibliothèque verte!!