Le Partenariat Trans-Pacifique inquiète les jeunes producteurs laitiers

Signé le 5 octobre dernier, le Partenariat Trans-Pacifique(PTP) est un accord de libre-échange d’une ampleur sans précédent pour l’ensemble de la population canadienne. Regroupant à ce jour 12 pays (Canada, États-Unis, Mexique, Pérou, Australie, Nouvelle-Zélande, Vietnam, Singapour, Malaisie et Brunei), celui-ci a beaucoup fait parler dans le secteur agricole. Si les répercussions attendues sont plutôt bonnes pour les producteurs de bœuf, de porc ou de sirop d’érable, la signature de l’Accord inquiète les producteurs d’œufs, de volailles et de lait.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour ces derniers, l’accès additionnel concédé aux producteurs étrangers, qui représente 3,25% de leur marché, met en péril l’équilibre déjà fragile de la gestion de l’offre, essentielle aux fermes laitières québécoises. Selon les estimations de la Fédération des producteurs de lait du Québec, celles-ci perdraient collectivement pas moins de 200 millions $.  Mais l’avenir de la production laitière sera-t-il compromis pour autant? Certes, les avis sont partagés mais tous s’entendent pour dire que l’efficacité et une gestion plus serrée sont les clés du succès pour assurer la prospérité des fermes laitières québécoises.

Pour Sébastien Laniel, un jeune producteur qui a pris la relève de ses parents en 2010, plusieurs changements s’étaient déjà fait sentir dans le paysage laitier canadien avant la ratification du PTP. « L’entrée au pays de dizaines de camions remplis de lait diafiltré a causé une baisse des prix de 10 à 15% du lait ces derniers temps », dit-il, manifestement contrarié de voir de nombreux camions chargés de ces concentrés protéinés liquides passer devant chez lui. Pour cet  actionnaire de la ferme Car-Gill, située près de Huntingdon, l’impact ne saurait être plus tangible. En plus d’entrer illégalement au pays, ce lait états-unien est de qualité moindre, en raison notamment des contrôles de qualité beaucoup moins rigoureux et nombreux. Comme celui-ci est évidemment moins coûteux, les producteurs canadiens de fromages et de yogourt industriel sont plus enclins à choisir le lait diafiltré.

Pas étonnant qu’il soit virtuellement impossible de connaître la composition réelle du produit acheté. Elisabeth Bigras, de la ferme Bella, espère qu’un travail de sensibilisation sera fait auprès du grand public. « Le réel pouvoir appartient au consommateur, croit-elle. Il est donc important de travailler sur un étiquetage adéquat des produits laitiers. Même moi, qui suis dans le domaine, j’ai de la difficulté à déterminer si un fromage est fait de lait canadien ou importé! »

Partenariat Trans-Pacifique oblige, elle espère néanmoins que les produits laitiers seront tous réglementés équitablement, autant aux niveaux quantitatif que qualitatif. Chose certaine, le PTP apportera, à plus ou moins long terme, son lot de conséquences et de défis pour la relève agricole québécoise. Avec 3,25% de revenus net en moins, ces jeunes entrepreneurs devront faire preuve d’ingéniosité pour augmenter l’efficacité de leur entreprise et, partant, leur revenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chez Car-Gill, les investissements en machinerie lourde – tout comme celles en terres agricoles – se feront plutôt rares au cours des prochaines années, le temps de voir comment évoluent les choses. Négocier ferme tous les achats d’intrants sera également de la plus haute importance pour réussir à garder la tête hors de l’eau. Elisabeth Bigras de son côté estime qu’il n’y a pas de quoi se démoraliser outre mesure, tant que le PTP n’est pas en vigueur officiellement. « Je suis une éternelle optimiste, dit l’actionnaire majoritaire de la ferme Bella  de Saint-Chrysostome, qui compte 80 vaches. J’ai la chance de pouvoir compter sur le soutien de ma famille, composée majoritairement d’agriculteurs. En des temps difficiles, on ne s’énerve pas et on se relève les manches! »

Camille Payant

Correspondante bénévole du Haut-Saint-Laurent

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