Les bénévoles vieillissent et la relève inquiète

 

Notre région compte beaucoup d’organismes sans but lucratif animés par des bénévoles qui prennent la relève d’un État de plus en plus aux abonnés absents. Mais ces bénévoles – qui s’occupent notamment des personnes âgées – vieillissent eux aussi et la relève s’avère ardue. Dans le Haut-Saint-Laurent, pas moins de 80% des bénévoles ont plus de 60 ans alors que les baby-boomers arrivent en grand nombre à l’âge de la retraite.

photo pour article sur les bénévoles

« Parfois, mon premier bénévolat n’était pas terminé que je devais partir pour faire la deuxième activité bénévole de la journée, dit Jacqueline Caron, une femme énergique de 76 ans qui œuvre auprès de la clientèle du Centre d’action bénévole de Salaberry-de-Valleyfield et du centre hospitalier local. Les deux activités se chevauchaient et j’ai dû en arrêter une, c’est dommage. »

Elle n’est pas la seule. Certains bénévoles sont si sollicités qu’ils doivent se priver des loisirs offerts par les clubs de l’Âge d’or de leur paroisse. D’autres ont l’agenda tellement chargé qu’ils doivent prendre rendez-vous avec… leurs enfants pour garder leurs petits-enfants. Au Centre d’Action bénévole de Valleyfield, qui tient annuellement une clinique d’impôt qui a reçu cette année 1386 personnes, 60% des bénévoles ont plus de 65 ans et 14% ont plus de 75 ans. « La doyenne des bénévoles a même atteint l’âge vénérable de 93 ans », sourit Claire Melançon, la directrice du CAB.

En fait, ils sont légion les ‘’vieux bénévoles’’ qui, comme Mme Caron, donnent généreusement – et régulièrement – de leur temps pour aider leurs semblables. Leur exemple a beau inspirer leurs enfants, nombre de ces derniers n’ont tout simplement pas le temps de leur donner un coup de main, obligés qu’ils sont de travailler toujours plus pour maintenir leur niveau de vie. Les jeunes Québécois travaillent en moyenne de trois à quatre heures de plus qu’il y a 10 ans, coût de la vie et course effrénée à la consommation obligent. Selon l’Institut de la statistique du Québec(ISQ), l’activité professionnelle des hommes s’élève en moyenne à 44 heures et demie par semaine alors qu’elle est de 40 heures et demie pour les femmes.

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Évidemment, c’est le temps consacré au bénévolat qui écope, surtout parmi les personnes encore actives sur le marché du travail. ‘’ Je n’ai pas le temps de faire du bénévolat comme tel, avec ma famille et mon travail, dit Caroline Giguère, chanteuse et professeur de chant. D’autres, qu’on pourrait aisément qualifier de retraités, sont tellement occupés qu’ils n’ont pas le temps pour les autres. «Je ne suis pas à la retraite, s’offusque un octogénaire. Je travaille encore, je n’ai pas le temps de faire du bénévolat! »

À l’échelle québécoise, le quart de la population trouve le moyen d’aider des proches ayant des problèmes de santé de longue durée, une incapacité ou des difficultés liées au vieillissement, révélait récemment l’ISQ. Sans surprise, ce sont les femmes âgées de 45 à 64 ans – soit 4 sur 10 – qui sont les plus susceptibles d’aider un proche ayant des problèmes de santé. Mieux. Plus du tiers d’entre elles soutiennent régulièrement plus d’une personne!

Contrairement aux idées reçues, l’immense majorité des aînés habite encore chez eux et seulement 20% – les plus âgés pour la plupart – ont besoin de services à domicile. En fait, les clients des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ne représentent que 4% des aînés du Québec. Les autres sont autonomes et habitent encore leur maison, un appartement ou une maison intergénérationnelle. Les plus actifs font du bénévolat, sont aidants naturels et rendent beaucoup de services à la communauté.

Pas étonnant que les organismes d’entraide foisonnent. Un rapide calcul fait état de quelque 150 organismes à but non lucratif dans le sud-ouest, dont une bonne trentaine dans le seul Haut-Saint-Laurent. Leur pléthore a obligé le Service récréatif et communautaire de Salaberry-de-Valleyfield à rencontrer chacun des OSBL et associations afin de les inciter à se regrouper et à obtenir l’accréditation de la ville. Les organismes entraient en compétition pour obtenir des subventions et des locaux prêtés gracieusement par la ville. De 188 ce printemps, leur nombre est passé à quelque 120. « L’union fait la force, dit Annie Jalbert Desforges, coordinatrice au Service récréatif et vie communautaire. Dans le cadre de la nouvelle politique de reconnaissance et de soutien des organismes, nous avons envoyé à tous un formulaire pour l’accréditation des organismes à but non lucratif. Cela afin de vérifier leurs besoins et pour être plus juste et équitable. Les résultats sont positifs jusqu’ici.»

Le recrutement des personnes habilitées à siéger aux divers conseils d’administration pose toutefois problème. « Lorsqu’on me demande de faire partie d’un CA, je ne suis pas intéressée, ajoute Jacqueline Caron. Je veux bien collaborer et donner un coup de main mais je ne veux pas être responsable. »

Sylvie Racette, coordinatrice de Vision Bénévolat Haut-Saint-Laurent, dont la mission est justement de soutenir les OSBL et associations qui ont besoin de bénévoles, en sait quelque chose. «Ce sont les postes les plus difficiles à combler parce qu’ils ne sont pas toujours bien définis, explique-t-elle. Les bénévoles ont besoin de servir une cause qui leur tient à cœur pour se motiver. Si un poste dans un CA change les choses pour le mieux, alors ils embarqueront.»

Chose certaine, organismes et associations ont besoin de faire preuve de dynamisme et d’enthousiasme pour attirer les bénévoles les plus fiables. Chaque personne a aussi ses raisons personnelles pour faire du bénévolat, une activité gratifiante et enrichissante, s’il en est.

C’est qu’il importe de rendre à la communauté une partie de ce qu’elle nous a donné. Si certaines personnes font du bénévolat dans leur famille, discrètement, pour protéger la dignité de leurs membres, beaucoup d’autres profitent de leur action dans le milieu des bénévoles pour se faire des amis (es). Car la gentillesse, c’est gratuit. Et ça rapporte à tous!

Jacinthe Courval

Les correspondants bénévoles du Haut-Saint-Laurent

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