Le secret bien gardé de Saint-Anicet

Le visiteur qui emprunte le chemin Quesnel dans l’arrière-pays de Saint-Anicet ne peut s’empêcher de s’extasier lorsqu’il parvient devant le bijou d’entreprise qu’y exploitent Roger Quenneville et Liliane Beaupré. Et pour cause. Du côté nord du chemin calme, une multitude de grosses taches pastel semblent sourire au soleil d’août. Ces milliers de fleurs poussant sur plus de 1 400 plants – provenant de 270 variétés de dahlias introuvables dans les centres de jardin – forment de longues rangées tirées au cordeau, parmi lesquelles touristes et gens du cru se confectionnent gratuitement d’énormes bouquets.

 

Bienvenue chez Productions Saint-Anicet, l’un des deux seuls producteurs de dahlias au Québec. Sans tambour ni trompette, la petite entreprise du Haut-Saint-Laurent exporte depuis quelques années ses racines de dahlias made in Saint-Anicet aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Belgique, en Pologne et jusqu’en Russie!

« Depuis que nous avons mis sur pied notre site internet transactionnel il y a cinq ans, les commandes connaissent une belle progression, reconnaît Roger, tout en jetant un coup d’œil vers sa conjointe partie accueillir de nouveaux visiteurs sous un soleil de plomb. Et puis, il y a notre page Facebook qui nous amène beaucoup de curieux. Mais ça ne va pas tout seul, on travaille fort! »

Heureusement, le travail n’a jamais fait peur à ce couple de cinquantenaires, qui a vendu sa ferme de 700 acres de grande culture céréalière en 2005, se réservant un ‘’petit’’ 100 acres pour d’autres défis. « On voulait se créer un nouveau gagne-pain, ajoute Roger, qui explique qu’il a grandi tout près avec ses grands-parents maternels et paternels. Entre les deux maisons, il y avait des dahlias, dont s’occupaient les grands-mères. Je leur donnais un coup de main quand j’étais encore enfant. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours aimé les dahlias, je ne sais pas…»

Roger et Liliane ont commencé à planter une cinquantaine de variétés de dahlias en 2007, venant surtout de producteurs de l’Oregon et de l’État de Washington. Puis, petit à petit, leur nombre s’est mis à croître aussi vite que les racines tubéreuses, qui ont manifestement trouvé dans ce coin orienté plein sud du chemin Quesnel un terreau accueillant.  Facebook et page web aidant, le jardin fleuri des Productions Saint-Anicet attire, du milieu de l’été au début de l’automne, des centaines de visiteurs de diverses régions du Québec pour qui le Haut-Saint-Laurent est une heureuse découverte.

IMG_0420

« C’est la première fois que je viens ici et je ne suis pas déçu », dit Alexis Lacombe, son jeune fils dans les bras. « Les gens de Saint-Anicet devraient être fiers d’héberger des producteurs spécialisés dans les dahlias, qui sont présents sur le marché international, ajoute le résidant de Saint-Lambert. En plus, c’est super beau ! »

Un compliment mérité. C’est que la culture sur une telle échelle du Cocoxochitl, le nom que les Aztèques donnaient au dahlia originaire du Mexique, d’Amérique centrale et de Colombie, exige beaucoup de travail. Le millier et demi de plants à enlever en champ chaque automne procure du travail à quelque 5 employés pendant la récolte. Il faut d’abord sortir les racines tubéreuses sans en briser le collet, un travail qui prend parfois deux semaines. Puis séparer les mottes, nettoyer sommairement les racines, et les placer en chambre froide. En janvier, les racines sont séparées délicatement une à une. Comme les commandes entrent d’octobre à mai, elles sont préparées à partir du mois de mars pour la livraison postale. Des inspecteurs d’Agriculture Canada viennent alors vérifier les racines, lavées littéralement à la brosse à dents. « On s’assure qu’il n’y reste aucun brin de terre car, comme on exporte, il faut éviter absolument qu’il y ait des virus. Pour nous, c’est une question de réputation, au Québec comme au Canada et à l’international.»

IMG_0436

Début mai, la racine de dahlia est mise en pleine terre. Tout est fait manuellement : piochage, désherbage, pose des tuteurs, système goutte-à-goutte, etc. À partir du début août, le couple passe ses journées dans le jardin car les visiteurs commencent à affluer. « Les gens viennent et repartent avec un bon bouquet de fleurs, qu’ils ont coupé eux-mêmes, dit Liliane, un sécateur à la main. En plus d’avoir le plaisir de déambuler entre des allées bordées de milliers de fleurs magnifiques, ils font aussi notre publicité.»

Le couple caresse le rêve de devenir un jour hybrideur et, qui sait?, de produire ses propres variétés typiquement montérégiennes. « C’est encore un passe-temps, on ne peut encore en vivre, dit Roger, qui siège au conseil d’administration de la Société québécoise du dahlia  Mais ça paye au moins nos vacances… sans parler du plaisir de faire quelque chose de différent.! »

IMG_0429

André Lachance

Les correspondants bénévoles du Haut-Saint-Laurent

image_print

7 Réponses à "Le secret bien gardé de Saint-Anicet"

  1. Marc et Louise   9 septembre 2016 at 19 h 00 min

    Bravo Roger et Liliane. Il ne vous reste qu’à être aussi performants au tarot.

  2. Sylvie   26 août 2016 at 18 h 55 min

    Bonjour Roger et Liliane! Je vois que vous ne chomez pas! Tout un beau projet, félicitations!! On se promet Pierre et moi d’aller vous voir!

  3. Raymond Bélanger   26 août 2016 at 14 h 17 min

    Vraiment intéressant bravo.
    Raymond Bélanger

  4. nikol brunet   26 août 2016 at 7 h 57 min

    Bravo Roger et Liliane pour ce beau projet. Ce sont des gens comme vous qui enrichissent notre terre.

    nikol brunet ( de Huntingdon, a étudié à Arthur Pigeon )

  5. REVELARD MARIANNE   25 août 2016 at 9 h 20 min

    La beauté de ces dahlias provient aussi de la beauté de l’âme et de la gentillesse de leurs propriétaires ! Bravo à vous deux pour cette belle initiative au plus proche de la nature ????????bisous de la Belgique…Marianne & Nathan

  6. France Lemieux   24 août 2016 at 23 h 12 min

    Merci André Lachance pour cet article. À tomber dans les dahlias

  7. Sylvain Gascon   24 août 2016 at 21 h 19 min

    Très bon article !

    Et Bravo Roger et Lilianne !!