Un coin chez-nous : fonctionner malgré l’austérité

Un coin chez-nous : fonctionner malgré l’austérité

Depuis plus de 30 ans, le Centre communautaire multiservices Un coin chez-nous de Saint-Chrysostome est un acteur majeur dans la vie des résidents du Haut-Saint-Laurent. En ces temps d’austérité, l’organisme – qui aide notamment des centaines de personnes à mieux se nourrir – est cependant à la merci des politiques gouvernementales.

Le Centre offre des services aux aînés, aux familles, aux personnes à mobilité réduite ainsi qu’à celles vivant dans la précarité. Au cours de la dernière année d’opération, 1621 repas ont ainsi été servis, principalement à des personnes âgées ou démunies. Et c’est sans parler des 100 à 125 «repas roulants» livrés gratuitement chaque semaine. Bon an mal an, plus de 1200 citoyens profitent de plats équilibrés distribués à domicile, qu’ils n’ont qu’à réchauffer. Les vendredis, le Centre reçoit aussi une bonne cinquantaine de personnes venues goûter in situ à l’excellente cuisine de Roberte Poupart et son équipe. « Les repas sont très bons et très variés », se félicite Raymonde Yelle, une habituée du centre.

Chaque année, des centaines de dépannages alimentaires transitent aussi via Un coin chez-nous, par l’entremise de Moisson Sud-Ouest. En 2014-2015, 604 de ces dépannages ont été effectués, grâce au point de service offert au Centre. En outre, le centre communautaire prépare les repas de deux écoles primaires : l’école Montpetit à Saint-Chrysostome, ainsi que l’école Centrale à Saint-Antoine-Abbé.

La friperie, quant à elle, fonctionne exclusivement grâce aux bénévoles et aux dons citoyens et est ouverte du lundi au vendredi, tout au long de l’année. Autre élément vital, l’administration. Le Centre regroupe sous ce vocable maintes activités, des jeux de poche au tai chi, en passant par un bingo original où les participants gagnent… des fruits et légumes. Des sorties, telles qu’une visite de vignoble ou un enregistrement télévisé, sont aussi organisées.

Grâce à tous ces services, Un coin chez-nous est l’un des organismes les plus populaires du territoire de la MRC du Haut-Saint-Laurent. Depuis l’élection de Philippe Couillard en avril 2014, les nombreuses coupes dans les organismes à but non lucratif soulèvent un vent d’inquiétudes parmi la population. Les citoyens et citoyennes de Saint-Chrysostome ne sont pas en reste… Pour l’instant, le Centre communautaire multiservices Un coin chez-nous semble à l’abri. C’est qu’il s’en sort plutôt bien, si on le compare à d’autres organismes de la région. Les coupes du gouvernement libéral ne le touchent pas encore directement. Par contre, plusieurs de ses bailleurs de fonds s’arrachent les cheveux, d’autant plus que le gouvernement a changé unilatéralement les règles du jeu. « Il est beaucoup plus difficile de recruter des employés avec la nouvelle formule, explique Guy Mayné, directeur général du Centre. Les bailleurs doivent trouver de nouvelles façons de répartir l’argent entre les différents organismes car la façon de subventionner les nouveaux employés a changé avec la venue du nouveau gouvernement. Avant 2014, ceux-ci étaient subventionnés en deux temps : leur salaire était payé à 100 % par le centre local d’emploi (CLE) pour la première année, puis, pour l’année qui suivait, le montant était divisé à parts égales entre l’organisme et le CLE. Il s’agit maintenant de contrats d’une durée de 30 semaines non renouvelables, payés à 100 % par le CLE. Le problème, c’est que personne ne fait d’économies en agissant de la sorte! »

En effet, les gens en réinsertion sociale intéressés à travailler au Centre ne veulent pas d’un emploi de si courte durée car, estiment-ils, leurs futurs employeurs ne prendront pas au sérieux l’expérience ainsi acquise. « Avant la transition, toutes les personnes ayant passé par un Coin chez-nous ont réussi à se trouver un emploi par la suite, rappelle Guy Mayné. Il n’en est pas de même pour les gens issus du nouveau programme. Aucun d’entre eux n’a été en mesure de trouver du travail par la suite… C’est dire à quel point cette nouvelle méthode de travail n’amène rien de bon à des organismes ayant déjà de la difficulté à recruter des employés. »

Pour réussir à survivre en ce début de récession, le Centre communautaire multiservices Un coin chez-nous est dans l’obligation de compter chaque sou. Signe des temps, les dirigeants du centre en sont rendus à compléter une à deux demandes de subvention par mois, cognant à la porte des Centraide, Fédération des producteurs de porc ou ministère de la Santé de ce monde… Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, loin s’en faut, tant les bailleurs de fonds potentiels sont plus que jamais sollicités : à peine 20 % des demandes de subvention reçoivent une réponse positive!

Source : Camille Payant

Correspondante bénévole Haut-Saint-Laurent

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