Une plante dangereuse colonise Elgin

La berce du Caucase, une plante toxique capable de provoquer des lésions cutanées semblables à des brûlures au 2e degré, vient d’être détectée dans le Haut-Saint-Laurent.

La plante exotique a été découverte récemment à Elgin par une équipe d’Ambioterra, un organisme à but non lucratif basé à Saint-Chrysostome, qui cherche à protéger la biodiversité, prioritairement les espèces menacées dans le sud du Québec. Bien que la berce du Caucase ait été signalée à plus d’une cinquantaine d’endroits du Québec, c’est la première fois qu’on en découvrait des spécimens dans la MRC.

IMG_20150825_131154

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La colonie de berces du Caucase a été détectée le long de la rivière Trout, à un jet de pierre de la frontière. La sève de la plante contient des toxines photo sensibilisantes provoquant des phytophotodermatites parfois sévères ressemblants à des brûlures et qui peuvent se développer jusqu’à deux jours après le contact. Atteignant jusqu’à 5 mètres de hauteur, la plante présente des risques importants pour les enfants mais aussi pour les jardiniers amateurs, les employés de firmes horticoles ou d’entretien paysager et pour toute personne fréquentant les sites colonisés par la plante, qui a en plus des effets négatifs sur la biodiversité.

Bien qu’elle présente un danger évident pour la santé humaine, la berce du Caucase tombe dans un vide administratif et juridique qui accélère sa propagation au Québec. Car qui est responsable au juste de son éradication? Environnement Canada? Le ministère québécois de l’Environnement? Les municipalités? Le propriétaire du terrain où elle a pris racine?

Pas facile à déterminer, même pour les spécialistes. « Nous avons premièrement contacté le centre de renseignements généraux d’Environnement Canada mais le préposé m’a dit qu’il fallait appeler la municipalité et peut-être aussi le ministère du Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), raconte Jean-Martin Veilleux, biologiste et agent en environnement chez Ambioterra. Au MDDELCC, on me dit qu’ils ne font pas d’interventions sur le terrain et qu’il appartient au propriétaire du terrain de contrôler la plante. »

IMG_20150825_131208

Pour le biologiste Claude Lavoie, professeur à l’Université Laval et spécialiste de l’écologie et de la gestion des plantes envahissantes, il est clair que, dans le régime législatif actuel, la responsabilité d’une éradication repose exclusivement sur les épaules du propriétaire des lieux. « Ce propriétaire n’a obligation d’éradication que si la municipalité possède un règlement municipal en ce sens, bien que, dans certains cas, un règlement sur les nuisances peut suffire, explique-t-il. Mais les municipalités qui prennent ce problème au sérieux sont conscientes qu’il est préférable que le travail se fasse par des professionnels, que ce soit pour assurer l’efficacité des traitements ou pour des raisons de sécurité. J’ai personnellement formé bon nombre d’employés municipaux à ce chapitre. Ces municipalités ont en l’occurrence des équipes qui, sur appel, font le travail à la place des citoyens, la plupart du temps sans frais, question d’assurer le traitement le plus rapide possible. Il ne serait toutefois pas déraisonnable que le propriétaire contribue aussi financièrement à l’opération, puisqu’il en sera le premier bénéficiaire car les cas de chutes de prix de maisons en raison de la présence de berces se multiplient. »

À la municipalité d’Elgin, l’inspectrice municipale Corine Lemay soupire lorsqu’on lui parle de la berce du Caucase. Le règlement municipal sur les nuisances contient bien un article sur les herbes hautes, essentiellement pour des raisons esthétiques, mais rien de spécifique sur la plante. « Les municipalités sont dans un néant administratif et légal face au problème, dit l’inspectrice, qui n’œuvre qu’un jour par semaine dans la petite municipalité de quelque 400 âmes. Personne ne veut se mouiller! J’en ai déjà parlé au directeur des Travaux publics et j’en ferai bientôt rapport au conseil municipal mais il faut comprendre que des petites municipalités comme Elgin n’ont pas l’équipement et l’expertise nécessaires pour éradiquer cette menace.»

Elle sait de quoi elle parle puisqu’elle a auparavant travaillé à Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord, où la berce du Caucase est devenue endémique. «  Pas moins de 3 enfants ont dû être hospitalisés pendant que j’étais là, c’était intense. Le syndicat des employés municipaux refusait d’aller arracher la plante car c’était trop dangereux! »

Berce du Caucase

En attendant, Ambioterra a signalé la plante au logiciel Sentinelle du MDDELCC, un outil de détection des espèces exotiques envahissantes composé d’une application mobile et d’un système cartographique accessible sur le Web. Sentinelle a confirmé qu’il s’agissait bien de la plante maudite. «  Est-ce qu’il s’agit de laisser la responsabilité de l’arrachage de la berce du Caucase entre les mains des citoyens qui ne sont pas expérimentés dans ce genre de travaux risqués?, s’inquiète Jean-Martin Veilleux. Si c’est le cas, on expose inutilement et sérieusement nos concitoyens aux dangers des brûlures, sans compter que l’inaction des autorités favorise la propagation de la plante exotique… »

 

André Lachance

Correspondant bénévole du Haut-Saint-Laurent

image_print