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Des Mohawks contestent le résultat du référendum sur l’achat de Dundee

Mécontents des résultats du référendum de décembre dernier quant à leur revendication sur l’ensemble du territoire de Dundee, des traditionalistes de la communauté mohawk d’Akwesasne ont déposé une série d’appels en justice afin d’invalider une consultation qu’ils estiment biaisée et peu représentative.

Plusieurs membres de la Mohawk Nation Longhouse – qui représente les traditionalistes contestant l’autorité du Conseil mohawk d’Akwesasne, la structure locale de gouvernement crée par Ottawa – estiment que la consultation, tenue notamment via internet, n’a pas respecté les principes élémentaires de la démocratie: campagne fortement biaisée en faveur de l’offre fédérale de près de 240 millions de $, publicité uniquement en faveur du OUI, pressions indues auprès de citoyens non informés ou ne sachant pas lire l’anglais, astuces informatiques, abaissement de 50% à 25% du seuil de participation requis, etc.

” J’ai trouvé trompeur d’avoir des affiches, de l’information en ligne, des dépliants et des feuillets d’information laissés sur le pas de nos portes qui ne faisaient état que de l’argent, expliquait récemment Steven Thompson, l’un des requérants en appel, à la journaliste Jaclyn Hall du Indian Time d’Akwesasne. Toute l’information et même le choix des mots militaient en faveur du OUI, avec absolument aucune mention de ce qui était écrit en petits caractères (…).”

Bien que le Règlement sur les référendums des Indiens (C.R.C., c. 957) exclut le vote électronique, les organisateurs du référendum d’Akwesasne y ont largement souscrit. En plus des bureaux de scrutin mis sur pied pour la votation du 8 décembre, les 7 818 résidents éligibles ont eu la possibilité de recourir au vote postal pendant plusieurs semaines. Même s’il s’est déroulé du 1er octobre au 8 décembre 2018, le référendum a néanmoins été boudé par 72% des Mohawks ayant le droit de vote, seulement 28% des habitants de la Réserve ayant exprimé leur choix. Les partisans de l’offre fédérale l’ont finalement emporté avec moins de 25% des suffrages exprimés, 1749 résidents votant OUI et 448 NON. Le seuil requis pour que la consultation soit jugée valable avait pourtant été abaissé à 25% du total des inscrits, bien loin de l’habituel seuil de 50%… ”On aurait peut-être dû adopter une règle semblable lors du dernier référendum sur l’indépendance du Québec”, commente avec humour un habitant de Dundee, qui se dit guère pressé de vendre aux Mohawks.

Pendant la campagne référendaire, les dits Community educators du Conseil mohawk d’Akwesasne ont aussi produit – et diffusé – une vidéo dans laquelle ils revendiquaient pour leur communauté 297 600 acres de terres autour de Cornwall ainsi que dans le Haut-Saint-Laurent, incluant Dundee, Godmanchester, Havelock, Howick, Saint-Chrysostome, Saint-Anicet, Sainte-Barbe, Hinchinbrooke, Elgin, etc. L’accord conclu par le gouvernement Trudeau leur accorde notamment la possibilité de se porter acquéreurs de 18 282 acres de terres dans la municipalité du Canton de Dundee. Ces terres pourront être achetées de gré à gré et ce, sans limite de temps. Par ailleurs, les terres acquises sur le territoire de la MRC du Haut-Saint-Laurent pourront êtres converties en Réserve si le Conseil mohawk d’Akwesasne parvient à convaincre les actuels propriétaires à les leur vendre afin de constituer des îlots d’un seul tenant et d’une superficie minimale de 3 000 acres.

Kastsihtsiaweronkwas du clan de la Tortue, l’un des requérants en justice, a déclaré au journal Indian Time d’Akwesasne que plusieurs résidents avaient été mal informés, manipulés ou forcés de faire un choix trop rapide. ” Le but de l’exercice était de se dépêcher pour avoir un vote OUI. En plus, le Canada a prêté de l’argent au Conseil mohawk afin de promouvoir l’accord(n.d.l.r. sur la revendication de Dundee et les 240 millions $ qui y sont rattachés). Seulement ça c’est fou, pour ne pas dire arbitraire.”

Le mécontentement d’une partie de la population mohawk, notamment des traditionalistes opposés à l’entente qui ne reconnaissent d’autorité que clanique et traditionnelle, est générateur d’instabilité dans la réserve. Vendredi dernier, un raid de la police mohawk au Wild Flower Cannabis Dispensary sur l’île de Cornwall – un établissement propriété des traditionalistes de la Indian Way Longhouse –, a donné lieu à l’incendie d’un véhicule de police, d’actes de violence et d’arrestations. Massés devant le poste de police, des manifestants ont notamment exigé la démission du chef du service de police et de certains policiers, au motif qu’ils ne sont pas amérindiens. Depuis quelques jours, une pétition circule également à l’effet de congédier les chefs de district du Conseil mohawk d’Akwesasne, certains suggérant même de revenir au système immémorial des chefs(mères) de clan…

De son côté, le Grand chef Abram Benedict affirme que tous les opposants à l’entente seront entendus par un juge de la Cour d’Akwesasne. Ce dernier décidera de la validité des arguments des uns et des autres et verra s’il y a lieu d’entamer des procédures légales. Nous n’avons pas été en mesure d’obtenir les dates de ces prochaines audiences en Cour.

(À noter que le drapeau de la ”Warriors Society ” ne sert d’étendard qu’à certains des Mohawks traditionalistes, notamment à Akwesasne.)

Denise St-Germain et André Lachance, correspondants bénévoles du Haut-Saint-Laurent

9 Commentaires

Pascal Perron 4 mars 2019 at 14 h 53 min

Bonjour, il y’a une nuance importante à amener ici M. Lachance. Les traditionalistes Mohawks, membre du Longhouse, ne sont pas nécessairement des membres du “Warriors Society” et vice-versa, donc ce n’est pas leur drapeau, qui est celui de la Warrior Society. Je crois qu’il est important de faire cette distinction, et d’expliquer la différence si vous trouvez pertinent de mettre le drapeau warrior dans votre article, car ce drapeau ne représente pas le Mohawk Nation Council of Chiefs, (donc les contestataires dont vous parlez). Ce symbole peut inciter à la confusion chez vos lecteurs et même associer les revendications territoriales de Dundee à la crise d’Oka, qui sont des enjeux complètement différents. Bonne journée !

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andre 4 mars 2019 at 15 h 19 min

Très bien, je vais apporter une légère modification à l’article afin de tenir compte de votre nuance…

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andre 4 mars 2019 at 15 h 36 min

J’ai finalement ajouté un addendum explicatif à la fin du papier afin de tenir compte de votre nuance…

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Pascal Perron 4 mars 2019 at 16 h 03 min

c’est une bonne idée je crois 🙂

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Arabella88 4 mars 2019 at 8 h 22 min

Le warrior flag n’est pas non plus le drapeau de la Mohawk Nation Longhouse.

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andre 4 mars 2019 at 15 h 20 min

Et d’après vous, quel est leur drapeau?

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Pascal Perron 4 mars 2019 at 16 h 01 min

Le Mohawk Nation Council of Chiefs utilise le drapeau officiel de la Confédération Iroquoise, soit le Hiawatha Belt le drapeau Haudenausonee que l’on peut voir à l’entrée du Pont Mercier). Vous trouverez le logo identifiant le Mohawk Nation Council of Chiefs sur leur site.

http://www.mohawknation.org/

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Arabella88 1 mars 2019 at 9 h 17 min

Le drapeau que vous avez mis est le “warrior flag”, il ne représente aucune communauté en particulier.
Puisque vous parlez dans cet article de la communauté d’Akwesasne, peut-être serait-ce judicieux de changer l’image et de mettre le bon drapeau.

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andre 1 mars 2019 at 9 h 42 min

Nous sommes évidemment conscients qu’il s’agit du drapeau des ”warriors”, qui constituent la frange des dits ”traditionalistes” qui ne reconnaissent pas l’autorité du Conseil mohawk. Comme l’article traite justement d’eux, il nous apparaît pertinent d’y ajouter leur drapeau, bien connu des Québécois depuis la fameuse ”crise d’Oka ” au début des années 1990.

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