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Les jeunes victimes de discrimination à Huntingdon?

Des établissements commerciaux de la région pratiquent, certains sans le savoir, une discrimination systématique – et illégale – à l’égard des jeunes. C’est notamment le cas de plusieurs établissements à Huntingdon.

« Il y a deux ans, j’étais avec deux camarades et on voulait entrer à L’ami du dollar, raconte une élève de quatrième secondaire de la polyvalente locale. On nous a intercepté et on nous a ordonné de n’entrer qu’un à la fois. J’y suis allée et pendant tout le temps que je me promenais entre les rangées, une employée me suivait. C’était franchement désagréable, tellement que je n’y ai jamais remis les pieds! »

« La même chose m’est arrivé récemment au dépanneur parce que nous étions paraît-il trop nombreux, explique une élève de l’école secondaire Arthur-Pigeon, à Huntingdon. Pourtant, nous n’étions que trois et n’avions aucune mauvaise intention

Situés près de la seule école secondaire francophone de la MRC du Haut-Saint-Laurent, plusieurs magasins se sont plaints de vols à l’étalage et ont tout de suite accusé les jeunes de l’école. Ayant dans un premier temps interdit l’entrée aux jeunes pris en flagrant délit de vol, certains commerçants ont étendu progressivement cette interdiction à tous les jeunes se présentant en groupe…

« Les deux autres, attendez à l’extérieur!, lance la caissière d’un dépanneur bien connu de la rue Châteauguay à l’intention de deux des trois étudiantes de notre groupe. On ne fait entrer qu’un jeune à la fois.» Lorsque je lui demande pourquoi, elle me dit que c’est pour empêcher les vols. Quelques semaines plus tard, j’entre avec des amies dans le même établissement, cette fois, sans problème…

Chose certaine, les jeunes admis individuellement dans ces établissements font l’objet d’une surveillance accrue. « Ce n’est vraiment pas agréable pour un jeune de se sentir constamment surveillé alors qu’il veut seulement se procurer ce dont il a besoin», affirme un jeune qui dit vivre souvent cette humiliante expérience.

Si les conséquences sont sans gravité pour certains jeunes, d’autres, par contre, vivront cette discrimination basée sur l’âge beaucoup plus intensément. « Les jeunes ainsi exclus risquent de perdre confiance en eux, ce qui, avec la peur de l’humiliation, pourrait créer des traumatismes psychologiques», explique Magalie Brisson, intervenante auprès des élèves de la polyvalente Arthur-Pigeon. Une opinion partagée par un collègue : « dans certains cas, le jeune discriminé qu’on soupçonne d’être un voleur pourrait même le devenir en se disant ‘’ vous voulez que je sois un voleur? eh bien je vais en être un!’’»

Bien sûr, certains diront que le commerçant est dans son droit et que, sans une telle mesure, les jeunes ne comprendront jamais… Le problème, c’est que tout cela est parfaitement illégal. En effet, l’article 15 de la loi de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) du Québec affirme clairement que « nul ne peut, par discrimination, empêcher autrui d’avoir accès […] aux établissements commerciaux, restaurants[…] et d’y obtenir les biens et les services qui y sont disponibles. »

Tous les élèves n’acceptent pas d’être ainsi traités en citoyens de seconde classe. En 2016, un élève de l’école Jeanne-Mance à Montréal a forcé la chaîne Dollarama à modifier sa politique de n’accepter dans ses murs qu’un élève à la fois. « Je trouve cela très blessant, salissant et humiliant d’être insulté comme j’ai pu l’être alors que je m’en allais tout simplement faire quelques achats», écrivait Elliot Vaxelaire, dans une lettre qui a fait grand bruit à l’époque. Chose certaine, la mauvaise publicité faite aux commerçants du plateau Mont-Royal n’est pas étrangère à la décision de Dollarama…

« Je comprends la position de certains marchands mais je ne suis pas certain que c’est la meilleure chose à faire que d’interdire aux jeunes l’entrée de leur établissement, dit Dominic Tremblay, conseiller du quartier Ouest de Huntingdon et… directeur de la polyvalente Arthur-Pigeon. Probablement qu’il y a autant d’adultes que de jeunes qui volent dans les commerces… Il y a certainement d’autres solutions, comme celle de sensibiliser les jeunes. Chacun doit prendre ses responsabilités. C’est une question de vivre ensemble!»

Amélie Cardinal, élève de l’école secondaire Arthur-Pigeon de Huntingdon

2 Commentaires

Coline 17 février 2018 at 20 h 26 min

Incroyable! C’était inadmissible et ça fait longtemps que je le dis et que je le pense. Bravo aux jeunes qui osent dénoncer. Très heureuse que cette discrimination soit illégale. Des lois comme celle-là, ça me réconcilie avec l’humanité!

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André Lachance 19 février 2018 at 9 h 56 min

D’accord avec vous Coline. C’est une discrimination fondée sur l’âge totalement inadmissible…

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