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Les Mohawks en voie d’acheter Dundee?

C’est le 8 décembre dernier que les Mohawks d’Akwesasne ont accepté par référendum l’offre de 240 millions $ du gouvernement fédéral pour se porter acquéreurs des 18 282 acres de terres qui constituent l’essentiel du territoire de la municipalité du Canton de Dundee. Ces terres pourront être achetées de gré à gré et ce, sans limite de temps. Seulement 2 197 sur les 7818 résidants d’Akwesasne ont pris la peine d’aller voter, le OUI obtenant 1749 voix contre 448 pour le NON.

La Revendication de Dundee, The Dundee Claim comme l’appelle Ottawa, concerne des terres dont les Mohawks revendiquent la propriété depuis belle lurette. Ces terres concernent pratiquement toute la superficie actuelle de la municipalité du Canton de Dundee, plus une petite partie en Ontario. Les Mohawks d’Akewasasne proviennent originellement de Kahnawake et se sont établis à Saint-Régis à l’instigation des Jésuites à l’époque de la Nouvelle-France. Ils avaient par la suite loué les terres de Dundee à des colons anglophones au cours des années 1800. Après maintes représentations auprès du gouvernement fédéral, les Mohawks avaient reçu en 1888 une somme de 50 000$ en compensation, somme énorme pour l’époque mais qui, selon le Conseil mohawk, ne représentait aucunement la valeur réelle de ces terres. Bien que leurs droits aient ainsi été éteints à la fin du 19e siècle, les Mohawks sont revenus à la charge à plusieurs reprises et ont recommencé à négocier avec Ottawa en 2002.

«Ce n’est pas une expropriation de Dundee, laisse tomber Linda Gagnon, mairesse de la municipalité de Dundee, disant comprendre l’inquiétude des quelque 400 habitants. Chaque propriétaire à Dundee est libre de vendre ou de ne pas vendre sa terre au Conseil mohawk». Elle avoue toutefois sa «grande frustration» de ne jamais avoir été consultée par le fédéral au sujet de ce règlement, qui met sa municipalité devant un fait accompli. Elle prévoit rencontrer sous peu le grand chef du Conseil mohawk d’Akwesasne, Abram Benedict, dans le but d’établir un vrai dialogue.

Entre temps, beaucoup de ses commettants sont inquiets et craignent que la municipalité doive éventuellement augmenter ses taxes foncières puisque les terres qui seront achetées par les Mohawks ne seront pas imposables. D’autres craignent que ces derniers y installent des éoliennes ou que la valeur des propriétés de ceux et celles qui refuseront de vendre aux Mohawks ne baisse au fil du temps. «Je ne vois pas grand bénéfice pour les gens de Dundee dans cette entente, dit un agriculteur. C’est nous autres qui vont être pris pour négocier avec la réserve et les fonctionnaires fédéraux qui ont négocié ça s’en lavent les mains. En plus, avec tout cet argent reçu du fédéral, les Mohawks vont pouvoir jouer à la baisse la valeur des terrains non encore vendus. Et la municipalité perdra des taxes…»

Lors de la seule assemblée publique d’information tenue à l’intention des Dundiers en avril dernier, certains résidants ont été plus incisifs, rétorquant aux propos lénifiants des quelques fonctionnaires présents du ministère des Affaires indiennes. «Il n’y a pas un gouvernement – provincial ou fédéral – qui réussit à faire respecter la loi dans les réserves mohawks, a dit l’un d’eux. Même la police n’y entre pas, les inspecteurs aussi. Comment voulez-vous qu’on ne soit pas inquiet quand vous nous annoncez que Dundee deviendra territoire mohawk?»

Près de Dundee Centre, un propriétaire a installé un drapeau des Mohawks…

La Réserve mohawk d’Akwesasne, autrefois connue sous le nom de Saint-Régis, est située au Québec, à l’ouest de la municipalité du Canton de Dundee. La Réserve occupe une superficie totale de 26 359 acres et compte une population d’environ 12 000 personnes qui s’expriment essentiellement en anglais. Elle jouit sur son territoire de 6 écoles, d’un service de police, d’un département de santé et de justice. Son économie est prospère et génère environ 100 millions$ par année. Elle compte une centaine de commerces, dont des stations service, des boutiques de cadeaux, des restaurants, des motels, un casino, une salle de bingo, des compagnies de construction, une banque, etc.

Si on compare la municipalité du Canton de Dundee avec la Réserve mohawk d’Akwesasne, ce sont deux mondes. La petite municipalité agricole de Dundee, dont le budget annuel est de moins de un million de $ et dont la grosse part va à l’entretien des routes, n’a pas d’école et très peu de commerces. La municipalité de 411 habitants compte 35% d’anglophones et 65% de francophones. C’est une communauté plutôt conservatrice.

De gauche à droite, la mairesse Linda Gagnon, l’agente de liaison Éloïse Piché, le dg Marc Pilon et Luc de La Tremerie, inspecteur.

Linda Gagnon a été élue à la mairie du Canton de Dundee en novembre 2017, après avoir occupé le poste de conseillère municipale les 24 années précédentes. Elle connaît bien les besoins de ses citoyens et dit que les finances de la municipalité sont en bonne santé. «On ne dépense que lorsque l’on a l’argent», affirme l’ex-directrice d’école, un sourire amusé au coin des lèvres.

Cela durera-t-il si l’entente conclue entre Ottawa et les Mohawks s’avère plus onéreuse qu’elle ne le croit pour sa municipalité? «Comme directrice d’école pendant des années, j’avais l’habitude d’administrer des budgets serrés et de négocier avec quatre syndicats, assure-t-elle. Je serai donc en mesure d’assurer dans le respect la coordination avec le Conseil de la Réserve mohawk d’Akwesasne».

Denise St-Germain, correspondante bénévole du Haut-Saint-Laurent

Photo aérienne de Dundee : Jacques Leblanc

1 Commentaire

andre 26 janvier 2019 at 10 h 25 min

Vous avez raison. La bonne graphie est bien Akwesasne. Merci.

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